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Tal LauryDirigeant et fondateur, Accédia
Lecture : 12 minMis à jour le 22 octobre 2026

L’essentiel en 30 secondes

  • Les dubitatifs (je pense, il me semble, n’est-ce pas ?) adoucissent vos phrases et affaiblissent votre position en négociation.
  • Verbes factuels, chiffres précis et conditionnel de projection renforcent vos propositions sans les durcir.
  • Ces tournures sont des automatismes : relecture, enregistrement et mise en situation filmée permettent de les corriger durablement.

Pour qui : commerciaux, managers et négociateurs qui veulent repérer les formulations qui les affaiblissent et les remplacer par un vocabulaire clair et assertif.

Lors de nos formations en négociation, nous aimons rappeler que le contenu de notre discours représente une part de l’impact de notre communication : utilisons donc les bons mots.

Qu’est-ce que le vocabulaire de négociation et pourquoi il change le résultat

Le vocabulaire de négociation désigne l’ensemble des mots et tournures qui renforcent, ou au contraire affaiblissent, une position en cours d’échange commercial. Deux négociateurs peuvent défendre exactement la même offre : celui qui utilise un langage assertif obtient statistiquement de meilleures conditions que celui qui adoucit chaque phrase de dubitatifs et de précautions oratoires. Ce n’est pas une question de fond, mais de forme : la manière dont une proposition est formulée influence directement la façon dont elle est reçue.

Les expressions à éviter en négociation, et par quoi les remplacer

Certaines formulations, pourtant courantes, affaiblissent une position sans que le négociateur s’en rende compte. Voici les plus fréquentes, avec une reformulation plus assertive pour chacune.

Expression à éviter Pourquoi elle affaiblit votre position Dites plutôt
« Voici notre première proposition »Sous-entend qu’une seconde, meilleure, suivra automatiquement.« Voici notre proposition. »
« Vous avez été déçu par notre proposition »Installe une émotion négative chez le client dès le démarrage de l’échange.« Qu’est-ce qui ne correspond pas à vos attentes dans cette proposition ? »
« Est-ce que nous sommes bien sur la même prestation ? »Question fermée qui n’appelle qu’un oui automatique, sans réel échange.« Confirmons ensemble le périmètre exact de la prestation. »
« Pour être honnête »Sous-entend, par contraste, que le reste du discours ne l’est pas.Rien, ou « Concrètement, »
« Un effort relativement important »Minimise son propre effort avec un qualificatif flou, invérifiable.Le chiffre exact : « Un effort de 8 %. »
« Une concession, une contrepartie »Jargon de négociateur qui trahit la technique employée face à l’interlocuteur.Nommer directement ce qui est donné/demandé : « Je peux vous accorder X si vous vous engagez sur Y. »
« Je vous laisse revenir vers moi »Laisse la négociation ouverte indéfiniment, sans aucun verrou de calendrier.« Je vous propose qu’on se reparle d’ici le [date précise]. »
« Je pense que / il me semble que »Signale une incertitude sur sa propre position avant même de l’exprimer.« Cette solution répond à votre besoin. »
« …n’est-ce pas ? / vous êtes d’accord ? » en fin de phraseCherche une validation immédiate, ce qui affaiblit l’affirmation qui précède.Poser l’affirmation seule, laisser le silence faire le travail.
« Ce n’est pas grand-chose mais… »Minimise sa propre proposition avant même qu’elle soit jugée par l’autre partie.Présenter la proposition directement, sans préambule dépréciatif.
« Je suis désolé mais… » avant un refusExcuse superflue qui fragilise le refus avant même qu’il soit formulé.Aller directement au fait : « Je ne peux pas descendre en dessous de X. »

Pourquoi ces formulations affaiblissent votre position

Ce n’est pas une impression : la linguiste Robin Lakoff a documenté dès les années 1970 une catégorie de formulations qu’elle nomme les dubitatifs (verbes comme « je pense », « je suppose », « je crois », ou les tag questions en fin de phrase). Leur fonction n’est pas de traduire une vraie réflexion en cours, mais d’adoucir une affirmation déclarative, c’est-à-dire de la rendre moins engageante pour celui qui la prononce. Cette analyse est reprise et développée dans des travaux universitaires publiés sur l’archive ouverte HAL, qui montrent que la négociation commerciale est justement l’un des terrains d’usage privilégiés de ce type de formulations, qu’elles soient recommandées ou, au contraire, à éviter selon l’effet recherché.

En négociation, l’enjeu est inverse à celui de la politesse sociale : un dubitatif qui adoucit une demande dans la vie courante affaiblit une position quand l’objectif est de faire accepter une proposition. Remplacer ces formulations par des affirmations directes n’est donc pas une question de ton, mais de clarté sur ce que vous êtes réellement en train de proposer ou de refuser.

Ce travail sur le choix des mots complète ce qui se prépare en amont de l’échange : structurer ses arguments, anticiper les objections, connaître sa marge de négociation. C’est ce que nous travaillons en détail dans notre formation à la négociation commerciale, à travers des mises en situation filmées où chaque formulation est reprise et corrigée en direct.

Le vocabulaire assertif est-il perçu de la même façon selon les cultures ?

Non, et c’est un point souvent oublié en formation. Les travaux en communication interculturelle documentent depuis longtemps que des cultures dites à « communication directe » (une partie de l’Europe du Nord, les États-Unis dans un cadre professionnel) valorisent l’affirmation franche, quand des cultures à « communication indirecte » (une partie de l’Asie de l’Est, certains contextes latins) perçoivent la même formulation comme brusque, voire agressive.

En pratique, cela ne remet pas en cause les principes de ce guide, mais invite à en moduler l’intensité : face à un interlocuteur d’une culture à communication indirecte, l’objectif reste d’éliminer les dubitatifs qui diluent le message, sans pour autant adopter une brusquerie qui serait, elle, contre-productive. L’assertivité n’est pas l’agressivité : c’est la clarté du message, pas la dureté du ton.

Le lexique de base à connaître avant de retravailler son vocabulaire

Avant de corriger ses formulations, encore faut-il maîtriser les quelques termes qui structurent le raisonnement d’un négociateur. Ce vocabulaire technique n’est pas du jargon à éviter face au client : c’est la grille de lecture qui permet de préparer un échange avant de le mener.

BATNA et MESORE

La BATNA (Best Alternative To a Negotiated Agreement), traduite en français par MESORE (Meilleure Solution de Rechange), désigne l’alternative dont dispose un négociateur si l’accord échoue. Connaître sa MESORE avant d’entrer en négociation change directement le vocabulaire employé : un négociateur qui sait qu’il a une solution de repli formule ses positions avec beaucoup moins de dubitatifs, parce qu’il n’a plus besoin d’obtenir un accord à tout prix.

Position de repli et zone d’accord possible

La position de repli est le point en dessous duquel un négociateur refuse de descendre. La zone d’accord possible (ZAP) est l’espace commun entre les positions de repli des deux parties, là où un accord devient mathématiquement possible. Nommer clairement sa position de repli, en interne, permet ensuite de la défendre à l’oral sans hésitation ni reformulation permanente.

Concession et contrepartie

Une concession est un renoncement partiel à une position initiale. Une contrepartie est ce qui est demandé en échange de cette concession. Le vocabulaire assertif ne consiste pas à cacher ces mécaniques, mais à les nommer par leur effet concret plutôt que par leur nom technique face à l’interlocuteur, comme vu plus haut dans le tableau des reformulations.

Ancrage

L’ancrage est la première proposition chiffrée formulée dans une négociation, celle qui fixe mentalement une référence autour de laquelle vont s’organiser toutes les discussions suivantes. Le vocabulaire employé pour poser cet ancrage compte autant que le chiffre lui-même : un ancrage énoncé avec un dubitatif (« on pourrait peut-être partir sur… ») perd une partie de son pouvoir de référence par rapport au même chiffre énoncé comme un fait.

Technique de la porte ouverte

La technique de la porte ouverte consiste à formuler une demande initiale volontairement élevée, en laissant explicitement la porte ouverte à la discussion, pour obtenir davantage sur la demande réelle qui suit. Elle repose entièrement sur le vocabulaire : la demande doit être formulée avec assurance pour rester crédible, faute de quoi elle se lit comme une manœuvre plutôt que comme une position de départ légitime.

Les mots qui renforcent une position, pas seulement ceux qu’il faut éviter

Éviter les dubitatifs ne suffit pas : encore faut-il savoir par quoi les remplacer activement. Un vocabulaire de négociation solide repose sur trois familles de mots.

Les verbes factuels plutôt que les verbes d’opinion

« Cette solution répond à votre besoin » engage davantage que « je pense que cette solution répond à votre besoin ». Le verbe factuel (être, permettre, correspondre) porte l’affirmation seule, sans filtre d’incertitude entre le locuteur et son message.

Les chiffres précis plutôt que les quantificateurs vagues

« Un effort important » n’engage à rien de vérifiable. « Un effort de 8 % » pose un fait discutable, donc négociable, mais concret. Le chiffre précis a aussi un effet de crédibilité : il suggère un calcul réel plutôt qu’une estimation à la volée.

Le conditionnel de projection plutôt que le conditionnel de politesse

Il existe un usage du conditionnel qui reste assertif : « Si nous nous engageons sur douze mois, le tarif serait de X » projette un scénario concret, ce n’est pas un affaiblissement de la position mais une mise en perspective. À l’inverse, « je voudrais éventuellement vous proposer » est un conditionnel de politesse qui dilue la proposition avant même qu’elle soit énoncée.

Le vocabulaire change selon le contexte de négociation

Les mêmes principes ne se déclinent pas de manière identique selon le type de négociation menée.

En négociation commerciale face à un client

Le vocabulaire doit rester factuel et orienté bénéfice, sans jargon de négociateur (« concession », « contrepartie ») qui expose la mécanique de la discussion à l’interlocuteur. Nommer directement ce qui est échangé reste toujours plus efficace que de nommer la technique employée.

Face à un acheteur professionnel

Un acheteur formé identifie immédiatement les dubitatifs et les exploite pour pousser une concession supplémentaire. Face à ce profil, la précision chiffrée et l’absence de tout conditionnel de politesse sont encore plus déterminantes. C’est un point que nous détaillons dans notre formation à la négociation avec les services achats.

En négociation sociale ou interne

Le registre change : il s’agit moins de défendre un prix que de préserver une relation de travail dans la durée. Le vocabulaire assertif reste utile, mais il se combine avec une écoute plus longue et une reformulation plus fréquente des positions de l’autre partie, comme nous le développons dans notre article sur la négociation sociale en entreprise.

Au téléphone, sans le langage corporel pour compenser

La négociation téléphonique retire au négociateur tous les appuis non verbaux : le regard, la posture, le sourire qui adoucit naturellement une affirmation directe. Le vocabulaire y devient le seul vecteur du message, ce qui rend les dubitatifs encore plus pénalisants qu’en face à face, et le silence après une affirmation plus difficile à tenir sans le soutien visuel de l’interlocuteur. C’est une compétence à part entière, que nous travaillons spécifiquement dans notre formation à la négociation téléphonique.

Trois cas pratiques pour s’entraîner

Cas pratique 1 : le client hésite sur le prix

Formulation à éviter : « Je comprends que ça puisse sembler cher, mais on pense que la qualité justifie l’écart, non ? »

Formulation assertive : « Ce tarif inclut [éléments concrets]. Qu’est-ce qui, précisément, pose question dans le prix ? » La première phrase s’excuse avant même d’avoir été contestée. La seconde pose un fait puis ouvre une question réelle, sans validation mendiée.

Cas pratique 2 : il faut refuser une demande

Formulation à éviter : « Je suis vraiment désolé, mais je ne suis pas sûr de pouvoir faire grand-chose là-dessus, il faudrait peut-être que je vérifie. »

Formulation assertive : « Je ne peux pas aller en dessous de X sur ce point. En revanche, voici ce qui est possible : [alternative]. » Le refus est posé sans excuse, puis immédiatement suivi d’une porte de sortie constructive plutôt que d’un flou qui laisse la discussion en suspens.

Cas pratique 3 : relancer un prospect silencieux

Formulation à éviter : « Je me permets de revenir vers vous, j’espère ne pas vous déranger, avez-vous eu le temps de regarder notre proposition ? »

Formulation assertive : « Je fais le point sur votre projet : où en êtes-vous dans votre réflexion sur notre proposition ? » La première formulation s’excuse d’exister avant même d’avoir posé sa question. La seconde affirme un cadre professionnel légitime (faire le point) puis pose une question ouverte qui appelle une vraie réponse, pas juste un oui ou un non poli.

Les erreurs à éviter en corrigeant son vocabulaire

Retravailler son langage comporte aussi ses propres pièges, souvent liés à une correction trop mécanique des principes ci-dessus.

Basculer dans l’agressivité

Supprimer tous les dubitatifs d’un coup peut faire glisser le discours vers la sécheresse, perçue comme de l’agressivité plutôt que de l’assurance. L’objectif reste la clarté, pas la dureté : une phrase directe peut rester chaleureuse dans son ton tout en étant ferme dans son contenu.

Réciter au lieu de reformuler

Apprendre par cœur les formulations d’un tableau comme celui plus haut, puis les réciter mot pour mot en situation réelle, sonne artificiel et déconnecté de l’échange en cours. L’objectif est d’intégrer le principe (affirmation directe, chiffre précis, absence de validation mendiée), pas la phrase exacte, pour pouvoir l’adapter à chaque situation.

Négliger le non-verbal qui accompagne le message

Une formulation assertive prononcée avec un regard fuyant, une voix qui monte en fin de phrase ou une posture recroquevillée perd une grande partie de son effet. Le vocabulaire et le langage corporel doivent se renforcer mutuellement, jamais se contredire.

Comment faire de ce vocabulaire un réflexe, pas un effort

Lire une liste de formulations à éviter ne suffit pas à les corriger en situation réelle. Trois leviers permettent d’ancrer ce vocabulaire durablement.

Se relire avant d’envoyer, systématiquement

À l’écrit, la correction est accessible immédiatement : avant d’envoyer un email de négociation, relire chaque phrase en cherchant les dubitatifs (je pense, il me semble), les minimisations (pas grand-chose, relativement) et les tag questions de fin de phrase. Cette relecture prend trente secondes et change souvent l’issue de l’échange.

S’enregistrer pour s’entendre

À l’oral, la difficulté est différente : ces tournures sont des automatismes de langage qui échappent à la conscience en situation de pression. S’enregistrer pendant un appel de négociation, avec l’accord de l’interlocuteur, ou simplement pendant une simulation, permet de réentendre ses propres tics de langage a posteriori et de les corriger un par un.

S’entraîner en conditions réelles, avec retour immédiat

La correction la plus rapide reste la mise en situation filmée avec un formateur : chaque dubitatif, chaque excuse superflue, chaque question de validation est repérée et reformulée en direct, ce qui raccourcit considérablement la courbe d’apprentissage par rapport à une autocorrection isolée.

Questions fréquentes

Faut-il bannir totalement les formulations de politesse en négociation ?
Non. La politesse et l’assertivité ne s’opposent pas : on peut rester courtois tout en étant direct. Ce qui pose problème, ce sont les dubitatifs qui diluent le fond du message, pas le ton employé pour le formuler.

Le vocabulaire assertif fonctionne-t-il aussi à l’écrit, par email ?
Oui, et l’effet y est souvent encore plus marqué : à l’écrit, il n’y a ni ton de voix ni langage corporel pour rattraper une formulation hésitante, les mots portent seuls tout le poids du message.

Peut-on corriger ces automatismes de langage seul, sans accompagnement ?
En partie, par une prise de conscience et une relecture systématique de ses emails avant envoi. Mais à l’oral, en situation réelle, ces tournures reviennent par réflexe sous pression : c’est pour cela qu’un entraînement avec mise en situation filmée reste le levier le plus rapide pour les corriger durablement.

Existe-t-il un lien entre vocabulaire de négociation et communication non violente ?
Les deux approches partagent l’objectif de clarté, mais poursuivent des buts différents : la CNV vise avant tout à préserver la relation en exprimant besoins et ressentis, tandis que le vocabulaire assertif en négociation vise à défendre une position sans l’affaiblir. Nous détaillons cette complémentarité dans notre article sur la communication non violente en négociation.

Le silence a-t-il un rôle à jouer aux côtés du bon vocabulaire ?
Oui, et c’est souvent sous-estimé : après avoir posé une affirmation assertive, garder le silence plutôt que d’enchaîner avec une question de validation laisse l’interlocuteur réagir sur le fond. Nous consacrons un article entier au silence en négociation.

Combien de temps faut-il pour changer durablement son vocabulaire de négociation ?
Ces tournures sont des automatismes ancrés depuis des années, donc leur correction complète prend du temps. En revanche, une prise de conscience initiale, suivie d’une relecture systématique à l’écrit, produit déjà des résultats mesurables dès les premiers échanges suivants ; c’est l’ancrage à l’oral, sous pression, qui demande un entraînement plus long et répété.

Le bon vocabulaire ne suffit pas s’il n’est pas entraîné sous pression

En mise en situation filmée, chaque formulation est reprise et corrigée en direct, jusqu’à ce qu’elle devienne un réflexe plutôt qu’un effort.

Découvrir la formation

Pour aller plus loin

Le vocabulaire n’est qu’une des dimensions de la négociation : la méthode DISC permet d’adapter ce vocabulaire au profil comportemental de chaque interlocuteur, tandis que les 8 techniques de négociation éprouvées replacent ces formulations dans une stratégie d’ensemble.

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À propos de l’auteur : Tal Laury

Dirigeant et fondateur d’Accédia

Certifié Success Insights et AEC DISC, technicien PNL. Il forme les équipes commerciales à la négociation et à la communication comportementale en intra-entreprise.

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