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Tal LauryDirigeant et fondateur, Accédia
Lecture : 8 min

Une équipe commerciale qui rate ses objectifs, ça se voit tout de suite dans le CRM. Une équipe qui négocie mal, beaucoup moins : les ventes se closent quand même, le chiffre d’affaires tient la route, et personne ne regarde ce qui a été laissé sur la table pour y arriver.

L’essentiel en 30 secondes

  • 5 signaux alertent : remise moyenne en hausse, concessions sans contrepartie, prix justifié par les coûts, improvisation et silence mal vécu.
  • Deux ou trois signaux réunis indiquent un problème structurel de méthode, pas un marché difficile ni un cas isolé.
  • Corriger la préparation (signal 4) réduit souvent mécaniquement l’ampleur des concessions sans contrepartie et des justifications par les coûts.

Pour qui : dirigeants et directeurs commerciaux qui soupçonnent leur équipe de céder de la marge en négociation sans que le CRM ne le montre.

Le problème, c’est que ce type de perte est invisible sur un tableau de bord classique (chiffre d’affaires, taux de transformation, pipeline). Elle ne se voit qu’en regardant de près comment chaque deal a été négocié, pas seulement s’il a été signé. Une entreprise peut afficher une croissance de 10 % en chiffre d’affaires tout en perdant plusieurs points de marge nette sur la même période, simplement parce que chaque vente coûte un peu plus cher à obtenir qu’auparavant.

Voici 5 signaux qui, mis bout à bout, indiquent presque toujours un problème de méthode plutôt qu’un problème de marché ou de produit : ce que chacun révèle, comment le mesurer concrètement, et pourquoi il passe si souvent inaperçu.


Les 5 signaux qui doivent alerter

1. La remise moyenne grimpe sans que personne ne l’ait décidé

Personne n’a validé une nouvelle politique tarifaire. Personne n’a décidé de baisser les prix. Et pourtant, en regardant le CRM sur les 6 derniers mois, la remise moyenne accordée est passée de 8 % à 14 %.

C’est le signal le plus fréquent et le plus silencieux : chaque commercial accorde une petite concession supplémentaire pour sécuriser sa vente, personne ne s’en rend compte à l’échelle individuelle, et la moyenne dérive mois après mois. Le chiffre d’affaires reste bon. La marge, elle, s’érode en continu, deal après deal.

Pour mesurer ce signal, un seul indicateur suffit à démarrer : le taux de remise moyen, calculé mois par mois sur les 12 derniers mois, et non pas sur un seul trimestre. Une dérive progressive et continue est un signal bien plus fiable qu’un pic ponctuel, qui peut simplement correspondre à un deal atypique.

2. Les concessions sont accordées sans contrepartie

Le client demande 5 % de remise. Le commercial l’accorde. Rien d’autre ne change : ni le volume, ni les délais de paiement, ni la durée d’engagement.

Une concession sans contrepartie envoie un signal clair à l’acheteur : il y a encore de la marge de manœuvre, et il suffit de redemander pour l’obtenir. C’est ce qu’on appelle l’escalade des demandes : plus vous donnez sans condition, plus l’autre partie continue de demander, parce que rien ne lui coûte d’insister. Une contrepartie simple suffit souvent à casser ce réflexe :

  • un engagement sur la durée en échange d’un tarif préférentiel,
  • un volume minimum garanti,
  • un paiement anticipé,
  • un témoignage client ou une référence exploitable.

Pour repérer ce signal, il suffit de reprendre les 10 derniers deals signés et de vérifier, pour chaque remise accordée, si une contrepartie a été demandée en échange. Un ratio proche de zéro contrepartie obtenue est un signal fort, quel que soit le niveau de remise moyen par ailleurs.

3. Le prix est justifié par les coûts, jamais par la valeur

Face à une objection prix, la réponse du commercial commence par « on a des coûts de production, de main d’œuvre, de matière première qui… » plutôt que par l’impact business pour le client.

Justifier un prix par ses propres coûts internes est une erreur classique : ça invite mécaniquement l’acheteur à discuter ces coûts, et ça ne dit rien de la valeur réellement créée pour lui. Un commercial qui négocie bien ramène toujours la conversation sur le résultat obtenu pour le client, jamais sur la structure de coûts de l’entreprise qui vend.

Ce signal se repère facilement en écoutant, ou en faisant réécouter si les appels sont enregistrés, la façon dont un commercial répond à la toute première objection prix d’un entretien. Le premier réflexe verbal, avant même la phrase construite, en dit généralement plus que n’importe quel discours préparé en amont.

4. La négociation se joue en réaction, jamais en préparation

Avant un entretien de négociation, personne n’a formalisé d’objectif haut, d’objectif bas, ni de point de rupture. La stratégie se décide en direct, pendant l’échange, sous la pression de l’acheteur.

Sans préparation, un commercial improvise. Et un commercial qui improvise cède plus vite, parce qu’il n’a pas de limite claire à défendre. C’est l’un des points que la plupart des négociations qui échouent ont en commun : l’issue se joue avant même le premier échange, pas pendant.

Un test simple permet de vérifier ce point : demander à un commercial, juste avant un entretien de négociation important, quel est son prix plancher et ce qu’il est prêt à céder pour l’atteindre. Une réponse hésitante ou improvisée sur place est le signe que la préparation n’a pas eu lieu.

5. Le silence met le commercial mal à l’aise

Après avoir annoncé un prix ou fait une contre-proposition, le commercial reprend la parole en quelques secondes pour combler le silence, souvent en faisant une concession non sollicitée.

Le silence est un outil de négociation, pas un malaise à combler. Un commercial qui ne supporte pas le silence donne du pouvoir à l’autre partie sans qu’elle ait rien demandé : c’est souvent dans ces quelques secondes, juste après l’annonce du prix, que la marge de la vente se joue vraiment.

Ce signal est le plus difficile à observer sans assister directement à un entretien : il ne laisse aucune trace dans un CRM. C’est pour cette raison précise qu’il fait partie des points systématiquement évalués lors d’un entretien-analyse en conditions réelles plutôt que d’un simple audit de données.


Pourquoi ces 5 signaux se renforcent mutuellement

Ces signaux n’agissent presque jamais isolément. Un commercial qui arrive en négociation sans préparation (signal 4) n’a pas de point de rupture défini : il cède donc plus facilement à la première pression (signal 2), et justifie sa concession après coup par un argument défensif plutôt que par la valeur (signal 3). Le silence mal géré (signal 5) accélère encore le processus, en transformant une hésitation de quelques secondes en concession supplémentaire.

C’est cet enchaînement, plus que chaque signal pris isolément, qui explique pourquoi la remise moyenne dérive dans la durée (signal 1) : elle n’est pas la cause du problème, elle en est la conséquence visible, celle qui finit par apparaître dans le CRM alors que les 4 autres restent invisibles.

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Ce que ces signaux représentent sur une année

Pour donner un ordre de grandeur : une équipe qui conclut 80 deals par an avec un panier moyen de 15 000 € et une remise moyenne de 12 % (au lieu d’un objectif réaliste de 6 à 7 % avec une méthode structurée) laisse mécaniquement de l’ordre de 60 000 à 70 000 € de marge sur la table chaque année, sans qu’aucune décision n’ait jamais été prise en ce sens. Ce calcul est illustratif, pas une moyenne sectorielle : il varie évidemment selon le panier moyen, le volume de deals et la marge cible propre à chaque activité.

Ce qui reste constant en revanche, c’est le mécanisme : un écart de quelques points de remise, multiplié par le nombre de deals annuels, représente presque toujours un montant supérieur à ce qu’un dirigeant estime spontanément quand on lui pose la question sans avoir fait le calcul.


Combien de ces signaux faut-il pour agir ?

Un seul signal isolé n’est pas forcément alarmant : chaque négociation a ses particularités, et un cas ponctuel ne fait pas une tendance. Deux ou trois signaux réunis, en revanche, indiquent presque toujours un problème structurel de méthode plutôt qu’un cas isolé ou un marché difficile.

La difficulté, c’est que ces signaux sont rarement visibles depuis l’intérieur : une équipe qui négocie mal depuis des années considère souvent ses propres pratiques comme la norme, parce que personne ne les a jamais comparées à autre chose. Les points suivants aident à objectiver la situation avant de tirer des conclusions :

  • comparer la remise moyenne sur les 12 derniers mois, pas seulement le dernier trimestre,
  • croiser cette remise avec les gros comptes en particulier, souvent plus révélateurs que la moyenne générale,
  • vérifier la proportion de concessions accordées avec ou sans contrepartie,
  • observer directement un entretien de négociation, plutôt que de se fier au seul résultat final.

Une fois ces signaux objectivés, la question suivante est de savoir lequel traiter en priorité. Ce n’est pas toujours celui qui semble le plus visible : un commercial qui improvise (signal 4) finit souvent par accorder des concessions sans contrepartie (signal 2) par simple manque de préparation, alors que le second signal n’est que la conséquence du premier. Prioriser sans avoir identifié cet enchaînement revient à traiter un symptôme sans toucher à la cause.

Dans la pratique, corriger le signal 4 (la préparation) suffit souvent à réduire mécaniquement l’ampleur des signaux 2 et 3, sans qu’il soit nécessaire de les traiter séparément : un commercial qui arrive en entretien avec un objectif haut, un objectif bas et un point de rupture clairs improvise beaucoup moins, et cède donc beaucoup moins vite. C’est pour cette raison qu’un diagnostic doit identifier l’origine de l’enchaînement plutôt que de corriger chaque symptôme un par un, au risque de traiter les effets sans jamais toucher à la cause réelle.

C’est exactement ce que l’audit négociation gratuit d’Accédia objective en 90 minutes : un diagnostic sur 6 axes (arguments, structure, écoute, concessions, contreparties, conclusion) qui remplace l’impression par des faits, et identifie précisément quel signal traiter en premier.

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Questions fréquentes

Un seul de ces signaux suffit-il à s’inquiéter ?

Pas nécessairement. C’est la combinaison de plusieurs signaux, observée dans la durée, qui indique un vrai problème de méthode plutôt qu’un cas ponctuel.

Comment objectiver ces signaux sans audit externe ?

C’est possible en croisant manuellement CRM, taux de remise et retours terrain, mais le biais de proximité rend l’exercice difficile en interne : les pratiques habituelles finissent par sembler normales à ceux qui les appliquent au quotidien.

Ces signaux concernent-ils aussi les commerciaux expérimentés ?

Oui. L’ancienneté protège de l’improvisation, pas des mauvaises habitudes installées sur la durée : un commercial expérimenté peut très bien avoir normalisé la concession sans contrepartie depuis des années.

Que faire si plusieurs de ces signaux sont réunis dans mon équipe ?

La première étape est de les objectiver avec des chiffres précis plutôt qu’une impression générale, puis d’identifier lequel pèse le plus sur la marge avant d’agir. C’est le rôle d’un diagnostic externe comme l’audit négociation gratuit d’Accédia.

Ces signaux sont-ils propres à un secteur en particulier ?

Non. Ils se retrouvent aussi bien en PME, en ETI que dans des grands comptes, quel que soit le secteur, parce qu’ils tiennent à la méthode de négociation elle-même, pas au marché ou au produit vendu.

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À propos de l’auteur : Tal Laury

Dirigeant et fondateur d’Accédia

Certifié Success Insights et AEC DISC, technicien PNL. Il forme les équipes commerciales à la négociation et à la communication comportementale en intra-entreprise.

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